Et bien sûr et avant tout, il y a Cent ans de solitude.

Bien plus puissant qu'un chef d'œuvre absolu.

Une vision du monde, une reformulation grandiose du réel, qui brouille les frontières entre le visible et l'invisible, les vivants et les morts, le présent et le passé.

Un récit cataclysmique peuplé de mères et de fils, de mariées et de linceuls, de poignards et de frères, de cirques et de cimetières, de charlatans et de dieux, de revenants et de fuyards, de gitans et de corsaires, d'esprits, de malédictions, de prédictions et de prémonitions, de sortilèges et de sacrilèges, de miracles, de déluges, de fourmis rouges et de goyaves, d'iguanes et de curés.

García Márquez, avec la ferveur de Shéhérazade, nous livre de sa voix bariolée un portrait halluciné et poétique du genre humain et nous donne à voir du même coup les prodigieuses contrées de son imagination déchaînée.

A Macondo, repaire chimérique des Caraïbes et théâtre de l'action, c'est tout l'Occident de Homère, de Boccace, de Rabelais et de Cervantes qui se bouscule, dans un tohu-bohu digne de l'Olympe ou de la Genèse.