Louis Calaferte, Promenade dans un parc, Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1987.

Pour accompagner Calaferte en promenade, nul besoin de jarrets bien exercés à la marche : un moral d'acier suffira. Car le narrateur est lugubre, et sa conversation déprimante à souhait. La quatrième de couverture a tôt fait de nous avertir. Ici le monde prend la couleur d'une colonie pénitentiaire. Et de fait, on erre dans les tourments les plus triviaux du quotidien tel un détenu entre ses quatre murs : la décrépitude de l'âge, le souvenir nostalgique de nos parents disparus, l'inaction et la perte de sens, la rumeur, la cruauté, l'incapacité à aimer, la faute professionnelle, la trahison, l'enfermement carcéral… Pas un recoin des tracasseries de l'existence qui n'échappe à sa plume sobrement désespérée.

Mais pourquoi donc s'infliger pareille lecture ? se demandera-t-on.

Question de survie, sans doute. Car telle est la vertu paradoxale de ces 87 petits récits insupportables : on en émerge en suffoquant, mais avec la furieuse envie de changer le monde.